Minitel : le retour !

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Serait-ce un poisson d’avril qui se prépare ? Nous ne pouvons pas contester que depuis plusieurs mois nous vivons avec nos mobiles une véritable « transition téléphonique ». Remplacez celle-ci par « transition énergétique » et vous constaterez avec effroi que c’est pourtant bien ce que nous prépare tranquillement nos chers politiques en mal d’idée neuve : le renouvellement de nos centrales nucléaires pour les 30 prochaines années !

Une drôle de façon de marquer le triste anniversaire de Fukushima. Pourtant l’échec annoncé de la transition énergétique s’explique dans un mal bien français : le refus d’assumer ses erreurs. Cette attitude est d’autant plus vrai que le sujet est politique. Essayons ensemble de décrypter les conséquences pour notre société et notre économie.

En terme de politique nucléaire je me dois d’être prudent sur le terme « erreur ». En effet, il y a tout un contexte géopolitique et économique des années 70 qui serait facile d’oublier pour contester le déploiement des centrales nucléaires françaises. D’ailleurs, l’erreur, si il y a, ne tient pas spécifiquement dans le choix de cette politique mais dans l’incapacité à assumer au fil du temps les contraintes qui se sont imposées en exploitation, rendant le prix du kWh supérieur à celui qui nous était promis. Subventionné pendant de nombreuses années, le rattrapage obligatoire porté sur ce même prix est aujourd’hui l’épée de Damoclès qui menace tout initiative de relance industrielle. On finit toujours par payer ses erreurs. Au prix fort quand on prend le temps.

La seconde erreur que je relève de cette ouverture du marché de l’énergie qui dure depuis 10 ans, c’est le goût immodéré pour le monopole (ou oligopole) en France. Soucieux de ne pas abandonner aux vilains capitalistes de l’entrepreneuriat les rennes de la politique énergétique française, les monopoles des acteurs historiques se manifestent toujours lorsqu’il s’agit de faire évoluer des dogmes de 60 ans. Contrairement à une idée reçue, l’ouverture d’un marché n’est pas la porte ouverte à un libéralisme délirant sans loi, ni règle. L’activité de fournisseur d’électricité est certainement une des activités les plus réglementée qu’il soit donnée de pratiquer ! Le réflexe monopolistique reste néanmoins une pratique courante. C’est ainsi que depuis des dizaines d’années nous continuons à confier le développement des énergies renouvelables en France au Numéro 1 mondial du nucléaire, laissant au cimetière des initiatives les mausolées de nos entreprises du solaires, de l’éolien ou encore des centrales biomasses… Amen.

Pour la troisième erreur, je me dois d’être objectif quant à l’incapacité des écolos à faire mieux… Depuis les années 70 et l’émergence des politiques écologistes, force est de constater que rien n’a vraiment changé dans la façon de proposer à tout à chacun le formidable projet d’une société alternative plus respectueuse de son environnement. Comme si l’immuable politique nucléaire rendait immuable la façon de s’opposer à cette même politique. N’est-il pas temps aujourd’hui de reconnaître cette erreur et de rechercher dans de nouvelles initiatives la possibilité de porter un projet novateur ? Ne doutons pas que le débat reste ouvert chez les écolos !

Ces erreurs, ces accumulations, ces corrections qui n’en finissent plus de corriger d’autres corrections, engendrent en toute logique des situations sclérosantes d’une lourdeur affolante. C’est peut être cela que nos politiques essaient de corriger en parlant de « choc de simplification ». Cette onde ne semble pourtant pas avoir atteint les rivages du secteur de l’énergie.

Prenons par exemple le projet de Loi sur l’ effacement : comment valoriser le fait de reporter ses consommations en dehors des périodes sensibles pour le réseau français dites période de pointes (18h-20h) ? Dès le départ s’est insérée une « coquille » qui confond report de consommation et réduction de consommation. Malgré l’intervention de la haute autorité de la concurrence, pas un mot sur le sujet, et un texte de loi fondamental dans notre politique énergétique qui va s’embourber dans les méandres des justifications inutiles.

Autre exemple flagrant : celui des aides sociales pour le paiement de sa facture d’électricité. Si la mise en place du tarif de première nécessité relevait d’une urgence sociale indéniable, pourquoi a-t-il fallut inventer une telle « usine à gaz » ? En effet pour que vous puissiez être soutenu dans vos difficultés temporaires, c’est pas moins de 4 organismes qui interviendront sur votre dossier. La caisse d’assurance maladie et le service des impôts pour le tarif de première nécessité, votre communes et votre département pour le fond de solidarité logement. Est-il donc si compliqué de reconnaître que si l’intention est bonne, la mise en place est un échec ?

La politique énergétique française est un pilier de notre économie. Pour qu’elle le reste, ne devons nous pas regarder en face nos atouts et nos erreurs ? Les énergies renouvelables se développent dans le monde entier , et pas uniquement pour sauvegarder notre couche d’ozone. J’en prends pour preuve une étonnante demande de rencontre de la société Kepco pour découvrir le business model de Planète OUI en novembre dernier. N°2 de l’électricité au Japon grâce à ses centrales nucléaires, c’est une délégation complète de la société Kepco qui s’est montré particulièrement intéressée par notre volonté de faire changer la politique énergétique Française à travers la consommation de ses clients. Nul n’est prophète en son pays…

Ayons l’audace de transiter vers une économie ambitieuse et novatrice, reprenons notre place d’acteur leader de l’énergie mondiale et cessons de croire à l’éternel recommencement…

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