Décryptage du nouveau mécanisme de soutien des énergies renouvelables

Consomm’acteur écolo ? Start up de l’énergie ? Locavore ? DEHORS, on ne veut pas de nous !!!

Voilà le préambule que nos chers gouvernants auraient pu écrire en en-tête du nouveau mécanisme de soutien aux énergies renouvelables. Je vous explique :

Depuis des années, les nouveaux projets de production d’électricité renouvelable étaient monopolisés par EDF Obligation d’Achat. Si vous investissiez dans la production renouvelable et que vous souhaitiez bénéficier du soutien de l’Etat dans cette filière, seul EDF pouvait vous faire bénéficier d’un prix de rachat compatible avec votre investissement.

Rien d’étonnant que la France ait pris tant de retard dans le développement des énergies renouvelables. Le confier au champion du monde de la production nucléaire ne pouvait pas donner tellement de meilleur résultat…

Pendant ce temps là, les producteurs se sont habitués à des prix de rachat confortable qui leur permettaient de boucler des sites de productions particulièrement rentable, même si on pouvait avoir de sérieux doutes sur leur efficacité énergétique et leur cohérence dans le système électrique.

Pourquoi tant de largesse ? D’abord parce que tout cela est financé par une taxe (CSPE) que tout le monde ignore mais qui compense les efforts d’EDF. Aussi parce que nucléaire, charbon, pétrole, gaz ou gaz de schiste, sont des sujets politiques hautement inflammables. Reste donc les énergies renouvelables ! Mais le monopole d’EDF devenait incompatible avec une Europe en pleine transition énergétique (Elle !) et un marché de l’énergie ouvert depuis l’accord signé en 1998 par Jacques Chirac et Lionel Jospin. Est donc arrivé, 18 ans après, le Nouveau Mécanisme de Soutien aux Energies Renouvelables.contradiction-TE

Le principe : rendre cohérent production et rentabilité par une régulation du marché et ouvrir à la concurrence tous les projets citoyens, innovant ou d’envergure. Une bonne idée, euro compatible, efficace, et qui évite de voir nos factures d’électricité flamber.

Mais c’est là que tout se complique :

Les producteurs ne souhaitent pas tuer la poule aux œufs d’or, EDF ne veut pas perdre un levier aussi politique qu’économique, les barons de ce marché régalien n’entendent pas ouvrir la porte aux startupeurs de l’énergie et les initiatives citoyennes sont priées de bien vouloir rester aussi élitistes que rares.

Bref, je vous passe les discussions et débats technocratiques auxquels nous avons participé modestement pour vous partager mes conclusions.

Les avantages pour le développement des énergies renouvelables :

Fin du monopole d’EDF (en théorie, mais c’est déjà ça),

Cohérence électrique des projets de production,

Intégration dans le système électrique,

Intégration du marché de capacité,

Développement du métier d’agrégateur.

Les inconvénients (c’est là que ça se corse!)

Si EDF était un énergéticien « obligé », les banques (nouveaux décisionnaires) sont des financiers « intéressés » : pas sûr que l’on y gagne quelque chose. Tiens ! Je croyais qu’on voulait sortir du monde de la finance…

Le maintien de l’obligation d’achat pour les projets avec des puissances modestes, ferme la porte à toute initiative innovante qui souhaiterait se développer en dehors du giron d’EDF. (On n’est pas parano, mais quand même ! Ça ressemble beaucoup à une opération anti nouveaux fournisseurs !! )

Interdiction aux producteurs d’émettre des garanties d’origine :

Voilà certainement le point qui me tient le plus particulièrement à cœur. La garantie d’origine est un certificat européen obligatoire et exclusif pour tracer la production renouvelable (comme le certificat bio dans l’agriculture) et apporter accessoirement un complément de rémunération au producteur. Son interdiction a plusieurs conséquences :

Les petits fournisseurs n’ont plus d’argument pour concurrencer les grands acteurs qui proposeront de racheter l’électricité produite,

Impossibilité pour le consommateur de se réapproprier ce qu’il a lui même financé à travers la CSPE,

Impossibilité de créer un lien certifié entre production locale et consommation locale, et donc de favoriser l’appropriation citoyenne d’un projet d’énergie.

Deux entreprises françaises sont particulièrement défavorisées par ce décret : Enercoop et Planète OUI

Enercoop, confrère mais aussi concurrent, pourrait dans son modèle coopératif faire bénéficier ses producteurs du nouveau mécanisme tout en maintenant le lien direct qui leur est si important, et permettre à leur modèle économique d’être plus performant (Je n’ai pas contacté Enercoop, mais je ne pense pas qu’il soit en désaccord).

Planète OUI, en ne pouvant pas accéder aux garanties d’origine des projets innovants soutenu par ce mécanisme, ne peut pas intégrer dans son mix énergétique une production que nous nous serions engagés à racheter comme le projet que nous avons avec EEL Energy, nouveau mode de production basé sur le biomimétisme à l’IFREMER. De même si Planète OUI investit dans la production d’électricité renouvelable, nous ne pourrons pas tracer cette production dans notre propre mix énergétique !!

Mme Royal, Mr Macron, je suis directement intervenu au sein de la DGEC (direction général de l’énergie et du climat) pour défendre notre position. Elle n’a pas été entendue. Au sein même du conseil supérieur de l’énergie, avec l’ANODE, nous avons défendu et convaincu les membres de ce conseil qui ont été favorable à notre position. Mais en ce 27 Mai 2016, à la sortie du décret, je constate que nous n’avons pas été entendu.

Autoriser l’émission des Garanties d’origine pour les producteurs renouvelables, quitte à les déduire des aides d’Etat, est un outil qui permettrait à deux Start Up française de continuer leur croissance à deux chiffres.

En attendant, le futur google de l’énergie renouvelable ne risque pas d’être français …

 

Nicolas Milko, président de Planète OUI fournisseur d’électricité 100% renouvelable français.

 

Retrouvez le communiqué de presse de Planète OUI ici

 

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